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Série sur le soi et la psychologie

Porter l’enfer avec soi : la vérité sur l’épuisement intérieur, quand la libido bâtit un enfer dans le théâtre psychique

Porter l’enfer avec soi : la vérité sur l’épuisement intérieur, ou comment la libido bâtit un enfer dans le théâtre intérieur

I. Qu’est-ce que la libido ?
La libido est l’attention et la volonté affectives, celles de la vie intérieure, plutôt que l’attention et la volonté cérébrales. Elle ressemble un peu à ce qu’on appelle couramment la « force intérieure ». C’est un terme de la psychanalyse freudienne, aujourd’hui désigné comme une « dynamique psychique ».
Dans les périodes de creux, où passe la dynamique psychique intérieure ? Elle ne disparaît pas : elle se tourne vers l’intérieur.

II. La libido participe à la construction de l’enfer
Lorsque nous nous attaquons intérieurement à nous-mêmes, voici le rôle de la libido :

  1. Elle joue des rôles, celui de l’agresseur comme celui de l’agressé. L’agressé est un mauvais objet intériorisé (le mauvais sein), mais l’agresseur est lui aussi un mauvais objet intériorisé : une mauvaise relation (les violences familiales subies), un mauvais environnement (les violentes disputes des parents), une mauvaise mère.
  2. L’agression, ainsi que l’intense angoisse et la honte qu’elle provoque, jusqu’au morcellement et à la dissociation, constituent précisément l’expérience que le soi cherche à répéter. Cette expérience lui est familière et lui confirme son existence. Dans ce jeu de rôles, il fait simultanément l’expérience du mauvais objet, de la mauvaise relation, du mauvais environnement et de lui-même comme mauvais.
  3. La libido participe à la construction du théâtre lui-même. Dans ces moments de crise où le noyau du soi se morcelle et se dissocie, elle contribue à la destruction tout en luttant contre l’effondrement intérieur. D’un côté, tel un démon intérieur, elle heurte et fracasse le ciel et la terre encore plongés dans le chaos ; de l’autre, tels Pangu et Nüwa, elle empêche à sa manière le ciel et la terre de se disloquer.
  4. La libido tente de sauver sa propre vitalité par ses moyens instinctifs et pathologiques. Tout en buvant du poison pour étancher sa soif, elle agit dans une urgence, un aveuglement et une démesure qui dépassent encore ceux du médecin militaire recourant sur le champ de bataille au fer rouge, à l’amputation et aux opiacés. En brûlant tout, en faisant jaillir des éclairs, elle administre à la vie intérieure un ultime électrochoc de secours.
  5. Ainsi, derrière une simple phrase d’attaque contre soi se joue un immense drame de purgatoire, digne de Dostoïevski. La vie intérieure met en scène une intrigue d’une théâtralité extrême pour s’infliger et répéter une expérience de maltraitance poussée à son comble. Voilà aussi pourquoi les attaques contre soi et l’épuisement intérieur consomment tant d’énergie.

III. C’est de là que viennent les anges et les démons
Voilà pourquoi certaines personnes, au plus bas, semblent avoir perdu père et mère, errent comme des morts-vivants et portent une pesanteur infinie : elles transportent leur enfer avec elles.
Voilà aussi pourquoi ceux qui sont sortis de ces abîmes et de ces symptômes psychiques, qui s’en sont affranchis, possèdent une profondeur de vue digne des philosophes et une sérénité rayonnante digne des anges. Zhuangzi disait : faire du bien aux autres par la quiétude. Cette sérénité est un phare à la frontière de l’enfer et de la terre ferme ; elle est la colombe et le rameau d’olivier qui annoncent la terre ferme.
Voilà encore pourquoi certaines personnes cherchent, tels des démons, à entraîner les autres en enfer. Elles projettent au-dehors l’énergie du mal, parce qu’elles ne peuvent plus la contenir, et veulent faire éprouver aux autres la même douleur qu’elles afin de nouer une relation pathologique et d’atténuer leur solitude. De tout le poids de leur enfer, elles embrasent celui qui habite le cœur de l’autre. C’est la contagion de l’enfer.

IV. Après la libération de l’enfer
La libido retrouve ce qu’elle aurait toujours dû être. Elle ne sert plus à attaquer, à détruire, à se défendre ou à construire un enfer.
Elle pousse à faire ce qu’on aime, à accomplir les choses ordinaires, à passer du temps auprès des personnes, des choses, des objets, des animaux, des plantes et dans les environnements que l’on aime. Une libido saine prend la main d’autres libidos saines ; elles s’unissent, se subliment et éprouvent la résonance de l’amour.
Le monde lui renvoie des réponses positives et de l’énergie. Elle n’éprouve plus le manque, mais la quiétude de l’unité entre l’être humain et le ciel. Elle se sent appartenir au monde, au lieu d’être un démon céleste venu d’un autre univers.
Tout lui paraît réel et vivant ; lorsqu’elle se retourne vers l’enfer, celui-ci n’est plus qu’illusion.
Bouddhisme chan : « Qui aurait cru que la nature propre possédait une plénitude innée ? » L’ordinaire, sans trouble, est le chan.
Zhuangzi : s’asseoir dans l’oubli, pratiquer le jeûne du cœur, laisser la lumière naître dans la chambre vide ; lorsque les capacités sont entières, la vertu ne se manifeste pas ; de l’égalité des choses naît la vie.
Marx, *Manuscrits de 1844* : l’humanité ne peut retrouver son essence générique qu’en quittant l’aliénation. Engels, *Anti-Dühring* : l’histoire humaine n’a cessé de se mouvoir et de se développer ; une morale véritablement humaine ne devient possible qu’à partir d’un nouveau point de départ, au-delà des antagonismes de classe.