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Série Zhuangzi

Le Discours sur l’égalité des choses de Zhuangzi et Marx : de la pensée verbale superficielle à l’esprit profond

Zhuangzi, le Discours sur l’égalité des choses et Marx : de la pensée verbale de surface au retour à l’esprit profond

I. La cacophonie des voix humaines
Le langage lui-même est imprécis, plein de métaphores et de sous-entendus.
Le monde lui-même est complexe, plein de contradictions.
Les informations qui décrivent le monde sont confuses, contradictoires, trompeuses, contradictoires.
Nos conceptions du monde, de la vie et des valeurs sont elles-mêmes instables, peu scientifiques, incomplètes, immatures et contradictoires.
Le psychisme lui-même est confus, complexe, plein d’entraves karmiques et de contradictions.
La pensée elle-même est confuse, sans centre, sans conscience d’elle-même et contradictoire.
Les êtres humains ne peuvent donc pas « dépendre » aveuglément du langage et de la pensée.
La « cacophonie des voix humaines » du *Discours sur l’égalité des choses* de Zhuangzi désigne le fait que chacun s’accroche au petit monde de son ego, émet des paroles dépourvues de sens pour les autres et se querelle avec eux.
La « pensée excessive » est un état de dysfonctionnement du cerveau.
C’est aussi pourquoi la pratique est importante : ni les rats de bibliothèque ni les roublards rompus aux usages sociaux ne sont proches de la véritable réalité sociale et historique. Pratique -> connaissance -> nouvelle pratique.
II. On ne peut pas se contenter de faire semblant de réfléchir en suivant la pensée verbale de surface ; il faut revenir à l’esprit profond pour ressentir.
Le moi originel de l’être humain possède une plénitude innée : esprit supérieur, présence libre et paisible, sérénité du moi originel. Un bien-être et une aisance sans condition. Sans ego ni attachement, sans désir ni exigence, sans souci ni inquiétude.
Le moi originel possède suffisamment de discernement, de sens esthétique, de vrai, de bien et de beau. Il sait tout et connaît aussi la direction à prendre. Il peut saisir les contradictions principales du monde extérieur et du monde intérieur, en saisir les lois et agir selon elles, dans l’unité du Ciel et de l’être humain.
C’est le « silence de la musique céleste » du *Discours sur l’égalité des choses* de Zhuangzi.
La plénitude innée est l’axiome fondamental de la philosophie personnelle et le cœur de l’humanisme ; cet axiome est très utile. L’expression courante « cesser de chercher à l’extérieur et chercher en soi » signifie précisément revenir à l’esprit profond, revenir à la plénitude innée.
Il s’agit donc de s’apaiser, de ressentir et de pratiquer le non-agir, plutôt que de penser, de forcer et de calculer. C’est là que réside la puissance de la philosophie de Zhuangzi dans la pratique.
Plus concrètement, dans la pratique, les cinq éléments de la vie — études, carrière, relations sociales, corps et psychisme — demandent tous que l’on ressente avec l’esprit profond. Le texte précédent, « Le tri dans les relations sociales », montre comment les ressentis profonds peuvent servir à sélectionner ses relations. « Suivre son cœur ».
Dans le domaine de la psychothérapie, les thérapies humanistes, dont Rogers est la figure centrale, s’appuient toutes sur la plénitude innée du thérapeute pour attirer et éveiller celle de la personne qui consulte. Dans les approches par l’hypnose, la plénitude innée de l’hypnotiseur interagit en profondeur avec celle de la personne qui consulte.
III. La contradiction fondamentale entre la pensée et l’esprit
Pourquoi les êtres humains se perdent-ils dans la confusion de la pensée et du psychisme, loin de l’esprit habité par la plénitude innée ?
Cette contradiction fondamentale fait intervenir le marxisme.
L’aliénation de l’humanité, l’aliénation du travail, l’aliénation de la société, l’aliénation de l’éducation, l’aliénation des relations humaines.
La psychologie parle de l’éléphant et de son cavalier, du conscient et du subconscient ; les approches spirituelles parlent de pleine conscience, de présence et d’unité du corps et de l’esprit. Les enseignements de pratique spirituelle insistent tout particulièrement sur la nécessité de cesser de dépendre du cerveau et de la pensée excessive pour revenir à l’esprit.
Le capitaliste ne veut embaucher qu’une paire de mains, mais cette paire de mains est aussi pourvue d’un cerveau ; il doit donc également le berner. Or ces mains et ce cerveau sont aussi pourvus d’un esprit profond doté d’une plénitude innée. Voilà la contradiction fondamentale du travailleur.
IV. Chaque individu ordinaire est un enchevêtrement d’innombrables contradictions complexes
Pour l’individu atomisé du cyberpunk, la contradiction fondamentale entre le cerveau et l’esprit condense les contradictions engendrées par les trois montagnes qui pèsent sur le monde contemporain : le capitalisme, la féodalité et la bureaucratie.
Le travailleur doit travailler et vivre, mais il est aussi contraint de s’adapter à la confusion et à l’aliénation du monde extérieur, et se retrouve pris dans toutes sortes de contradictions.
Il y a une contradiction entre le fait de traiter l’individu atomisé comme un chiffre statistique, un signe, un outil, un objet, et le fait que cet individu possède lui-même une plénitude innée et ait à développer sa propre subjectivité. C’est la contradiction fondamentale entre le soi et la société.
Non seulement le soi ne peut pas bénéficier d’« expériences de soi-objet » saines, mais il subit aussi les perturbations d’« expériences de soi-objet » nocives, tout en restant pris dans la contradiction fondamentale « entre le soi et l’objet » : tout cela va à l’encontre de la psychologie du développement. Comme les pruniers malades décrits par Gong Zizhen, on façonne pour la société des êtres pathologiques et difformes. La crise existentielle s’aggrave donc de plus en plus.
(Texte précédent : « Le développement psychologique en Asie de l’Est : théorie des relations de soi-objet et théorie des relations entre les tâches de chacun »)
La popularité d’expressions telles que « trier, se défaire, se détacher », « minimalisme » ou « trancher les enchevêtrements karmiques » constitue elle aussi une synthèse de l’expérience de vie de nos contemporains.
V. Le capitalisme contraint les travailleurs intellectuels à s’éveiller
Texte précédent : « Le capitalisme n’a d’autre choix que d’éclairer les esprits »
Les capitalistes contemporains ne veulent plus seulement embaucher une paire de mains, mais aussi un cerveau. Cela pose de nouveaux défis aux travailleurs.
Or les contradictions évoquées plus haut donnent précisément aux travailleurs intellectuels des maux de tête à leur faire éclater le crâne. Une seule tête ne contient pas seulement les problèmes qui lui sont propres : elle contient aussi les impasses de l’humanité, les entraves karmiques et les conflits idéologiques, tout en devant offrir à la société un service souriant instrumentalisé.
De même que les accidents du travail des ouvriers manuels provoquent des crises de santé physique, les accidents du travail des travailleurs intellectuels provoquent des crises de santé psychique. Cela impose le développement des sciences du psychisme et du cerveau.
Lorsque la pression des impasses de la pensée atteint sa limite, les gens choisissent la révolte de l’esprit. Rompre avec ses relations, couper les liens familiaux, démissionner sans avoir trouvé un autre emploi : autant de formes de lutte spontanée.
Pour résoudre ses problèmes psychologiques, le travailleur intellectuel doit surmonter les entraves karmiques petites-bourgeoises et ses problématiques psychologiques. Il doit revenir au moi originel doté d’une plénitude innée et l’éveiller pour faire face à la confusion et à la souffrance du travail intellectuel.
« Marx et Zhuangzi : une philosophie pour les gens ordinaires et pour ceux qui choisissent de rester couchés »