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Série Marx

Environ 210 millions de diplômés du supérieur dans les quinze prochaines années : une concurrence qui fera émerger de grands talents

I. En Chine, ces générations sont bel et bien de plus en plus fortes

On a autrefois décrit les personnes nées dans les années 1980 et 1990 comme des générations décadentes, bonnes à rien et trop choyées. La réalité est tout autre. Avec les progrès de leur époque, les nouvelles générations, nées dans les années 2000 et 2020, dépassent les précédentes sur le plan de la santé, du développement, de la compréhension du monde, de l’ouverture d’esprit, etc.

II. Au cours des 15 prochaines années, la Chine formera chaque année entre 12 et 15 millions de diplômés de l’enseignement supérieur, formations supérieures courtes comprises, soit environ 210 millions au total

Ce chiffre dépasse la population cumulée du Japon et de la Corée du Sud, représente 62 % de la population des États-Unis et 47 % de celle de l’Union européenne, et correspond à peu près au nombre de personnes ayant fait des études supérieures aux États-Unis et dans l’Union européenne. En 2024, la Chine comptait 240 millions de personnes titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur, formations supérieures courtes comprises : ce nombre va donc doubler en une quinzaine d’années.

Une vague sans précédent d’arrivée de diplômés de l’enseignement supérieur, dont beaucoup n’ont pas pris la mesure.

C’est pourquoi j’ai écrit précédemment « Structure démographique : le dividende des diplômés et celui des ingénieurs vont se poursuivre », « Ce n’est pas une montée en gamme industrielle, c’est un déclassement industriel mondial » et « Sous la pression de trois grandes tendances actuelles : la dépression du cycle de Kondratiev, la substitution technologique chinoise et la fièvre de l’IA ».

Les diplômés du supérieur et les titulaires d’un doctorat deviennent aussi bon marché que des choux, tout comme les industries de haute technologie.

III. Les difficultés, la concurrence effrénée et les bouleversements feront émerger de grands talents, qu’ils s’engagent dans le monde, s’en retirent ou se rebellent

Il y a des ressemblances avec la génération de jeunes Chinois nés vers 1890 : après l’abolition des examens impériaux en 1905, les jeunes ont commencé à entrer dans des établissements d’enseignement modernes, voire dans des écoles militaires, pour y suivre des formations pratiques : techniques occidentales, sciences et ingénierie, formations spécialisées.

Cette fois, le dividende du concours national d’entrée à l’université est définitivement épuisé, et les diplômés du supérieur voient leur valeur se banaliser complètement à l’échelle mondiale.

Les avantages offerts par l’époque prennent fin, les anciens paradigmes ne fonctionnent plus, les possibilités d’accéder à une situation stable se raréfient, et se lancer dans les affaires expose à des tempêtes plus violentes. Les perspectives professionnelles des diplômés du supérieur sont entièrement différentes de celles des générations précédentes. Un nouveau tournant historique dans la période ouverte par la Renaissance.

Les anciens modèles de vie ne fonctionnent plus, pas plus que les anciennes conceptions du monde, de la vie et des valeurs, les paradigmes idéologiques et les interprétations philosophiques. Les personnes nées dans les années 1970 et 1980 ont bénéficié de tant d’avantages concrets offerts par leur époque qu’elles ont peu éprouvé le besoin de se tourner vers les sciences sociales et la philosophie.

Voir mon article précédent : « Les générations nées dans les années 1890 et 1900, il y a 100 ans ».

IV. Cette génération de jeunes est différente de la génération médiocre des « bons à rien de l’ère Heisei », celle des trente années perdues du Japon

Au Japon, les structures industrielles et sociales sont trop figées et, avec en plus une protection sociale de niveau intermédiaire parmi les pays développés, les jeunes se résignent à rester en retrait.

En Chine, les structures vont elles aussi se figer et se rigidifier, mais l’écosystème est plus vaste, les bouleversements et les changements plus nombreux, et il n’existe pas de filet de protection sociale offrant un confort rassurant. Les situations sont différentes. Au Japon aussi, dans les secteurs soumis à la concurrence du marché — les arts, la musique, l’animation, les jeux vidéo, etc. —, la compétition acharnée a fait émerger des générations successives de maîtres.

À travers le destin de ces générations successives, nous voyons plus clairement encore le matérialisme historique à l’œuvre. Ce sont les circonstances historiques qui font les héros, et non l’inverse.

V. En discutant avec des amis, je me disais que nous, les personnes nées dans la seconde moitié des années 1980, devrions aujourd’hui davantage prendre exemple sur Zhu De, le commandant en chef Zhu

Nous qui appartenons à une ancienne version devons suivre le rythme de la nouvelle époque. C’est d’ailleurs assez intéressant : à l’époque, le commandant Zhu a eu beaucoup de mal à adhérer au Parti ; il n’y est parvenu qu’après un parcours qui l’a conduit en Europe. Il était déjà âgé, un homme d’âge mûr issu de l’ancien monde. Les jeunes de la nouvelle génération le rejetaient, craignant d’avoir affaire à un vieux dépassé, et non à un « talent natif de son époque » — aujourd’hui, on parle volontiers de talents natifs de l’IA.

Beaucoup de gens ont une compréhension du monde dépassée. Chez beaucoup d’autres, cette compréhension progresse lentement, mais ils restent des figures à la manière de Gu Hongming ou de Yang Du.

VI. C’est aussi dans ce contexte que s’explique la nécessité, pour nous, d’étudier Marx + Zhuangzi + la psychologie

Matérialisme historique, matérialisme dialectique, philosophie de l’esprit face à la crise existentielle ; soutien psychologique et guérison.

Voir également « À l’ère de l’IA, nous avons plus que jamais besoin de Marx et de Zhuangzi ».